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« Qu’est-ce que c’est que cette guerre ? »

Alors qu’une manifestation de soutien est prévue pour ce samedi, les habitants de la Gauthière sont exaspérés par le déploiement policier.

www.liberation.fr 14.01.2012 Par A.GÉ. (À CLERMONT-FERRAND)

"Justice et vérité."

Les proches de Wissam El-Yamni ne demandent rien d’autre. C’est de ces deux mots que ses amis ont baptisé son comité de soutien, logé dans un vieux camping-car acheté pour l’occasion. C’est derrière ces deux mêmes et seuls mots qu’ils appellent de nouveau à manifester ce samedi après-midi dans les rues de Clermont-Ferrand, aux côtés de la Ligue des droits de l’homme. Samedi dernier, ils étaient déjà plus de 500 pour la première marche silencieuse. 200 de plus lors d ’un rassemblement mardi soir. La mobilisation s’est renforcée après le déploiement d’un impressionnant dispositif de maintien de l’ordre autour de la Gauthière et des autres quartiers nord de Clermont-Ferrand après que des voitures ont été brûlées le week-end dernier.

« Type rangé ». Plus de 400 gendarmes et CRS et deux hélicoptères survolaient ponctuellement les quartiers, la nuit, à basse altitude. Déclenchant l’exaspération des habitants de ce quartier populaire, relativement tranquille. « Qu’est-ce que c’est que cette guerre ? On n’est pas dans les cités de Paris ou de Lyon. On est à Clermont-Ferrand ici », peste un gardien d’immeuble. « On veut faire de la mort de Wissam un truc de jeunes des banlieues », craint une employée du comité de quartier. Elle ajoute :« C’était quelqu’un de bien. Un type rangé qui travaillait, comme beaucoup de gens ici. »

Wissam El-Yamni était issu d’une famille marocaine, venue travailler dans le bassin industriel clermontois dans les années 60. Il était chauffeur-routier, il suivait une formation de carriste pour être moins en déplacement et plus près de sa femme, avec qui il vivait à la Gauthière. Il n’avait pas de casier judiciaire. « C’est terrible, mais il faut le rappeler », note Jean-Louis Borie, l’avocat de son épouse et l’un des porte-parole de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

Cannabis. Les proches de Wissam El-Yamni tentent de se battre contre les clichés. Ils ont peu goûté les précisions du procureur sur le fait que des traces d’alcool, de cannabis et de cocaïne avaient été trouvées sur son corps.« C’était le nouvel an. Je ne crois pas que ce soit ça le problème. Le problème, c’est qu’il soit mort », répète Marwan, 30 ans, ami d’enfance et membre du comité de soutien. Ils ont encore moins apprécié les déclarations de Claude Guéant. Lundi, jour du décès du jeune homme, après neuf jours de coma, le ministre de l’Intérieur, lors d’un déplacement en Seine-Saint-Denis, a déclaré« s’il y a eu une interpellation difficile, ça n’est pas le fait des policiers ». Les copains de Wissam dénoncent un « deux poids deux mesures ». « Quand un Arabe meurt, le ministre ne se déplace pas pour aller voir sa famille, il sous-entend qu’il est coupable », dit Ali, 20 ans. Ils ne comprennent pas pourquoi les deux policiers mis en cause ont été simplement mis en congé et non su ! spendus le temps de l’enquête.

Me Borie pointe une « disproportion mal venue » dans la réponse des autorités sur le quartier. « Le déploiement policier est perçu comme une provocation.Ce n’est pas ce que les gens attendent. »

Date de parution vendredi 20 janvier 2012 11:40

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